Pour s'attacher les familles françaises, nobles, dispersées sur le territoire, elle avait laissé subsister les droits seigneuriaux,—les lods et ventes,—autre sujet de grief dont on se plaignait amèrement[46].

Note 46: [(retour) ]

Abolis par un acte du parlement en 1835 seulement.

Elle alla plus loin, et elle, la rigoureuse protestante, caressa l'Eglise catholique: elle consentit à l'érection d'un archevêché à Québec. M. Plessis fut appelé à cette dignité en 1819. On le cajola pour avoir son appui; et on l'obtint, tacitement au moins.

«Le prélat canadien ne fit aucune promesse à lord Bathurst de soutenir de l'influence cléricale les mesures politiques que l'Angleterre pourrait adopter à l'égard du Canada; quelque préjudiciables qu'elles pussent être aux intérêts de ses compatriotes; mais on peut présumer que le ministre en vit assez, à travers son langage, pour se convaincre qu'en mettant la religion catholique, les biens religieux et les dîmes à l'abri, on pouvait compter sur son zèle pour le maintien de la suprématie anglaise, quelque chose qui pût arriver, soit que l'on voulût changer les lois et la constitution, ou réunir le Bas-Canada au Haut[47]

Note 47: [(retour) ]

Garneau, Histoire du Canada.

Les dîmes, le projet de réunion des Canadas sous une même législature, deux causes nouvelles d'irritation: la dîme obérait les habitants de la campagne, la réunion des Canadas devait être l'engloutissement de la race française dans l'élément anglais.

Pour y arriver, et pour favoriser davantage les sujets de la Grande-Bretagne établis dans le Haut-Canada, on exigeait du Bas le partage du revenu des douanes avec la province supérieure! Iniquité révoltante s'il en fut, entre tant d'iniquités!

Nous ne sommes point au bout, car voilà que bientôt le bureau colonial propose un bill attentatoire à toutes les libertés. Ce bill restreint la représentation du Bas-Canada; il confère à des conseiller, non élus par le peuple, le droit de prendre part aux débats de l'Assemblée. I; abolit l'usage de la langue française et atteint les prérogatives de l'Église catholique.

«Il réduisait, s'écrie M. Garneau, le Canadien-Français presque à l'état de l'Irlandais catholique. Le peuple libre qui se met à tyranniser est cent fois plus injuste, plus cruel que le despote absolu; car sa violence se porte, pour ainsi dire, par chaque individu du peuple opprimant sur chaque individu du peuple opprimé, toujours face à face avec lui.»

Ce fut le signal d'une agitation immense. Dans tous les comtés du Bas-Canada on fit des assemblées pour protester contre cette proposition détestable. Elles donnèrent naissance à des pétitions appuyées par plus de soixante mille signatures.