—Qu'avez-vous donc? interrogea Cherrier sentant frissonner le bras qu'il avait sous le sien.

—Moi, dit l'adolescent, mais rien... rien, je vous assure!

—Vous pâlissez!

—Oh! la bonne plaisanterie!

—Je vous jure que je ne plaisante pas. Et je voudrais avoir un miroir pour vous le prouver.

—Si nous marchions un peu!

—Il vaut mieux rester à cette place. Non-seulement nous serons aux premières loges pour voir et pour entendre, mais la présence de M. Villefranche et du chef indien vous assure une protection que nous ne trouverions certainement pas ailleurs. Regardez, je vous prie, ce beau jeune homme qui s'avance à la tête des Hurons de Lorette. Est-il possible d'avoir des dehors plus nobles, et plus mâles tout à la fois? Dirait-on que c'est le fils d'au sauvage!

En prononçant ces mots, Xavier désignait Co-lo-mo-o qui, débouchant avec une cinquantaine d'Indiens d'un bouquet de peupliers, marchait vers l'estrade.

Le Petit-Aigle, en tenue de guerre, était vraiment superbe à contempler, avec sa chevelure ornée de plumes, sa couverte bleue, négligemment jetée sur ses épaules, les armes qui resplendissaient à sa ceinture rouge, ses mitas aux longues franges bigarrées, ses mocassins brodés, la fierté de son maintien et la haute distinction de sa physionomie.

Apercevant le sagamo sur l'éminence, il commanda aux Hurons de s'arrêter, et il s'approcha de Nar-go-tou-ké.