Si, après l'assemblée de Saint-Charles, les patriotes canadiens se fussent instantanément portés sur Montréal, il est vraisemblable que la métropole serait tombée en leur pouvoir, et qui peut dire qu'alors ils n'auraient pas été maîtres de la province!

Mais si Neilson et plusieurs autres étaient décidés à profiter de l'ardeur de leurs partisans, Papineau, chef réel du mouvement, balançait. Il paralysa par sa tiédeur tous ces braves qui ne demandaient qu'à voler au combat. Ne se croyait-il pas assez bien préparé, n'osait-il encore assumer la haute responsabilité qui incombe aux meneurs d'une insurrection? ce n'est pas à nous de répondre. Nous sommes trop près encore de ces tristes événements. Leur appréciation appartient à la postérité[56].

Note 56: [(retour) ]

Dan» la deuxième édition de l'Histoire de M. Garneau, ou trouve la note suivante:

«Le docteur O'Callaghan m'écrivait d'Albany, le 19 juillet 1832: Si vous devez blâmer le mouvement, blâmez ceux qui l'ont provoqué et qui doivent en répondre devant l'histoire. Quant à nous, mon ami, nous fûmes les victimes, non les conspirateurs; et, fussé-je sur mon lit du mort, je ne pourrais que déclarer, en présence du ciel, que je n'avais pas plus l'idée d'un mouvement de résistance quand je quittai Montréal et me rendis à la rivière Richelieu avec M. Papineau, que je ne songe maintenant à être évêque de Québec. Je vous dirai aussi que M. Papineau et moi, nous nous cachâmes dans une ferme de la paroisse Saint-Marc, de peur que notre présence n'alarmât le pays, et ne servit de prétexte à la témérité!... Je voyais bien aussi que le pays n'était pas prêt.»

M. Garneau a publié cette note en anglais.

Cependant, le lien entre l'exécutif et les Canadiens était brisé. Le renouer par des moyens pacifiques n'était plus au pouvoir de personne.

A Montréal, et dans les comtés limitrophes, on arma ouvertement.

Des bandes hostiles sillonnèrent, le pays.

Les occupations ordinaires de la ville et des champs furent abandonnées. Chacun prit fait et cause pour un parti ou pour un autre. La guerre civile alluma ses torches.

«Le 7 novembre, les Fils de la liberté et les Constitutionnels ou les membres du Club Doric, comme te nommèrent les Anglais, en vinrent aux mains, avec des succès divers. La maison de M. Papineau et celle du docteur Roberston et autres furent attaquées et les presses du Vindicator saccagées. On appela les troupes sous les armes: elles paradèrent dans les rues avec de l'artillerie.»

L'autorité mit sur pied toutes les forces militaires, et inonda la campagne détachements chargés de faire exécuter les nombreux mandats d'arrestation lancés contre les fauteurs de la Confédération des six comtés.

Depuis l'assemblée, Papineau, Neilson et leurs principaux partisans étaient restés dans le comté de Richelieu.