Des barricades défendaient toutes les avenues du village, et un puissant rempart, construit avec des troncs d'arbres, interceptait la route.

Retiré dans une grosse maison de pierre qu'il avait fait fortifier et créneler, le docteur Neilson avait résolu de vaincre ou de mourir. M. Papineau, le docteur O'Callaghan et quelques officiers de milice s'y trouvaient avec lui.

Huit cents hommes, dont un quart à peine munis de fusils, le reste portant qui une lance, qui un épieu, qui une fourche, qui une faux, ou de vieux sabres rouillés, faisaient retentir le village des chants de la Marseillaise et de la Parisienne.

Malgré leur nombre et leur détermination, Neilson doutait de la victoire.

—Monsieur, dit-il à Papineau, vous devriez vous retirer à Saint-Charles; ce n'est pas ici que vous serez le plus utile; nous aurons besoin de vous plus tard.

—Que penserait-on de moi, si je m'éloignais à cette heure? répliqua celui-ci.

—Vous êtes notre chef à tous; à tous, vous devez compte de votre vie, reprit Neilson[57].

Note 57: [(retour) ]

Textuel.

A ce moment le canon gronda.

—A nos postes, messieurs! s'écria Neilson et souvenez-vous que la patrie a les yeux sur vous!