A Cet instant un rire singulier glissa sur le visage de Nar-go-tou-ké, qui continuait avec Jean-Baptiste une conversation mimique.

—Pourquoi ce sauvage rit-il? interrogea sévèrement Chénier.

—Mon père rit, parce que le nain lui apprend qu'un officier anglais, son ennemi personnel, fait partie du corps d'expédition.

—Ah! dit Poignet-d'Acier, si l'ennemi personnel de Nar-go-tou-ké se trouve dans le détachement qu'on lance contre nous, malheur à ce détachement!...... le vaillant chef iroquois,—le dernier avec son fils de cette noble tribu, messieurs,—fera un terrible..... des Kingsors, comme il appelle les sujets de la Grande-Bretagne.

—Ainsi, dit Chénier, nous pouvons compter sur ce que rapporte cet individu?

—Oui, répondit Co-lo-mo-o.

—Alors, messieurs, il faut prendre nos mesures, faire battre la générale. Il est minuit. Les royalistes paraîtront de bonne heure dans la matinée! Prouvons leur que nous sommes encore les dignes enfants de la France!

Pendant que le docteur Chénier et ses compagnons quittaient la salle et allaient donner ordres, Co-lo-mo-o continua de questionner Jean-Baptiste.

Bientôt il sut que sir William Colborne, commandant en chef des troupes anglaises et surnommé plus tard le Vieux-brûlot à cause des incendies dont il couvrit le Bas-Canada, était parti, le matin même, de Montréal avec deux mille hommes, huit pièces de canon et un obusier, pour envahir le comté des Deux-Montagnes.

Cette force était composées soldats de la ligne, d'un corps de volontaires, Canadiens dégénérés qui trahirent le drapeau de leur pays pour celui d'Albion, et d'une centaine de cavaliers.