Le 32e régiment, où sir William King servait comme lieutenant, figurait dans l'effectif de cette armée.

Dans la soirée, elle campa sur le bord méridional de l'Outaouais.

Le 14, dès l'aurore, elle traversa la rivière.

Il avait neigé une partie de la nuit. Mais alors le temps était froid, clair et sec.

Le passage de l'Outaouais se fit au moyeu de bateaux.

Aussitôt que les insurgés, réunis au nombre de cinq ou six cents devant le couvent, le presbytère et l'église de Saint-Eustache, aperçurent cette longue «colonne, d'autant plus imposante qu'elle couvrait avec ses bagages plus de deux milles d'espace,» ils furent saisis d'une panique invincible, et se débandèrent.

Epouvanté, Girod se sauva avec un grand nombre.

Poignet-d'Acier se tenait devant la rivière avec cent hommes déterminés, parfaitement armés, tireurs des plus habiles, et qui pouvaient opposer au débarquement des Anglais une barrière inexpugnable. Mais ces hommes, tous trappeurs, qui avaient vieilli avec leur capitaine dans le désert américain, ne reconnaissaient d'autre chef que lui, ne voulaient recevoir des ordres de personne autre.

L'oeil sanglant, le visage coloré, souriant, Poignet-d'Acier, l'ex-notaire de Montréal, savourait déjà par anticipation cette vengeance qu'il avait attendue, cultivée et mûrie pendant de si longues années; ses regards étaient rivés aux embarcations qui approchaient lentement de la grève; sa main droite frémissait d'impatience en tourmentant la poignée d'un sabre qu'il se disposait à dresser en l'air comme signal du combat, lorsqu'un éclair brilla dans les rangs anglais, la détonation d'une arme à feu se fit entendre, et Poignet-d'Acier tomba le cou percé d'une balle.

Aussitôt ses hommes l'entourèrent. Il voulut parler, ne le put; commander de rester, de lutter; effort inutile! I s'évanouit.