La rue Sainte-Thérèse, au centre de Montréal, est parallèle aux rues Notre-Dame et Saint-Paul. Elle n'a pas deux cents mètres de long. On y arrive par les rues Saint-Vincent et Saint-Gabriel, aboutissant toutes deux, d'un côté à la rue Notre-Dame, de l'autre à la rue des Commissaires, ou le quai. Une troisième rue innommée tombe en outre perpendiculairement de la rue Saint-Paul à son milieu.
Le 2 novembre 1838, au soir, un observateur attentif eût remarqué qu'une foule de gens, venus des différents quartiers de la ville, se dirigeaient vers la rue Sainte-Thérèse.
Ces gens marchaient seul à seul; ils avaient l'air de ne se point connaître. Ceux-ci se coulaient sournoisement le long des maisons et évitaient avec le plus grand soin les patrouilles qui sillonnaient la ville; ceux-là suivaient bravement leur chemin, en se donnant une apparence aussi dégagée que possible.
La nuit était fort noire; il tombait une pluie fine, serrée, qui glaçait les membres.
A tout instant, on entendait le cliquetis des armes et retentir le «Qui vive?» des miliciens canadiens fidèles au gouvernement, ou le «challenge!» des troupes royales.
Sur le carré[61] Chaboillez, dans la rue Saint-Joseph, une de ces patrouilles rencontra un individu qui trottait lestement en s'appuyant à un bâton.
Note 61: [(retour) ]
Plus logiques que nous, les Canadiens ont traduit les mots anglais square par carré, wagon par char, rail par lisse, etc.
Il était si petit que, dans l'obscurité, on l'eût pris pour un enfant de huit A dix ans.
—Où diable va ce gamin? s'écria un des soldats en l'apercevant.
—Quelque gueux d'Irlandais qui quête!