Le bruit sourd et mat, sinistre, d'un corps s'écrasant sur le sol, résonne.
—Ah! exclame Antoine, le malheureux a été découvert; une sentinelle l'a tué!
Léonie n'est plus là! A peine a-t-elle entendu la détonation qu'elle s'est élancée vers la cime du cap. Une ardeur incroyable, surnaturelle, l'anime, lui prête des ailes. Avec l'agilité d'une panthère, elle escalade ces rochers dont l'aspect seul fait frémir, elle arrive au pied de la tour, se penche sur le corps pantelant, brisé, de Co-lo-mo-o, le baigne de ses larmes et de ses baisers.
On crie sur les remparts, on ouvre avec fracas les lourdes portes de la citadelle; des torches circulent ça et là. Léonie est menacée. Si on l'aperçoit on tirera sur elle. Mais est-ce qu'elle voit, est-ce qu'elle entend, est-ce qu'au-delà de ce corps il y a un monde pour elle?
L'Indien n'a point rendu l'âme encore. Il pousse un gémissement. Il cherche de sa main affaiblie la main de la jeune fille, la pose sur son coeur et laisse tomber ces paroles dans un dernier soupir:
—Je l'aimais pourtant!
Un an après, aux Ursulines de Québec entrait mademoiselle Léonie de Repentigny, en religion soeur Paul.
Jean-Baptiste, le sourd-muet, avait été déporté à Sydney.
Giguy, 28 juillet—17 août 1862.
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