Du reste, Jean-Baptiste se montrait très-reservé avec les Canadiens et vivait solitaire.
Jamais personne n'avait pénétré dans sa demeure. Il était l'effroi des petits enfants; les jeunes gens même craignaient de l'affronter, bien que quelques-uns eussent donné beaucoup pour visiter l'intérieur du Quêteux.
Mais, malgré ses infirmités, il possédait une agilité et une force extraordinaires.
Toute cette agilité, toute cette force s'étaient réfugiées dans ses jambes. Ils l'avaient appris à leurs dépens ceux qui s'étaient frottés à Jean-Baptiste. Dès qu'on l'irritait, le nain se jetait sur le dos, ouvrait ses longues jambes, comme un poulpe ouvre ses bras, un crabe ses pinces, saisissait son insulteur, le serrait, et, quelle que fût l'adresse ou la vigueur de celui-ci, il était incapable de sortir de cet étau qui le pressait de plus en plus, jusqu'à ce que la douleur l'obligeât à implorer son pardon.
La méchanceté ne composait pas le fond du caractère de Jean-Baptiste, mais il était fidèle à ses rancunes comme à ses amitiés.
Il s'avança dans la salle en jouant avec un bâton noueux, plutôt qu'il ne s'en faisait une aide.
Dans ses yeux, Nar-go-tou-ké lut une nouvelle fâcheuse: le front du sagamo se rembrunit.
Par une mimique aussi rapide que la parole, le nouveau venu étendit l'index vers Montréal, puis vers Lachine puis éleva dix doigts en l'air, ensuite le bras droit et rassembla ses mains comme si elles eussent été liées.
Nar-go-tou-ké comprit: dix hommes commandés par le grand connétable accouraient de Montréal pour l'arrêter.
—Merci! fit-il, en frappant sur son coeur pour témoigner sa reconnaissance.