Les deux chiens se dressèrent sur leurs pattes, mais sans aboyer, et étirèrent paresseusement leurs membres.
—C'est Jean-Baptiste, dit Nar-go-tou-ké, en se tournant vers la porte.
Un individu entra en sautillant: un nain. Il n'avait pas plus de quatre pieds et demi de haut. Sa tête était énorme, son corps rabougri, fluet, ses jambes grosses et presque aussi longues que celles d'un homme de taille moyenne. Avec cela, elles étaient bancroches, tournées en dehors, de sorte qu'en marchant les pieds se trouvaient à angle obtus, et la gauche dépassait la droite de deux pouces au moins.
Ce pauvre petit être, si difforme, avait pourtant une figure intéressante et pleine d'intelligence. Mais, pour comble d'infortune, et comme si la nature ne l'eût pas assez maltraité, il était né sourd-muet.
Quels étaient les parents de Jean-Baptiste? On l'ignorait. Un jour, plusieurs années avant les événements que nous rapportons, il était tombé, comme des nues, à Lachine[27], village situé exactement en face de Caughnawagha, sur l'autre rive du Saint-Laurent, et y avait fixé sa résidence dans un des magasins abandonnés de la Compagnie de la baie d'Hudson.
Note 27: [(retour) ]
Voir la Huronne.
Les habitants de Lachine l'avaient baptisé Jean-Baptiste, du nom de leur patron national, et sobriquétisé le Quêteux, parce qu'il vivait d'aumônes.
Jean-Baptiste traversait souvent le fleuve pour aller mendier dans les paroisses de l'Est. Bien accueilli par les Indiens de Caughnawagha qui, comme tous les sauvages, pensent que les fous et les estropiés de naissance sont doués d'un pouvoir magique, il s'était pris d'une affection mystérieuse, mais profonde, pour la famille de Nar-go-tou-ké.
Seuls au monde peut-être, le chef et son fils pouvaient échanger des pensées avec lui.
Ces communications avaient lieu par des regards et des signes.