Madame de Repentigny dit aussitôt à l'indien:

—Ma fille et moi ne voulons pas savoir de quoi on vous accuse, mais soyez sûr, monsieur, que tout ce qu'il faudra faire pour vous rendre la liberté, nous le ferons, et nous nous jugerons encore vos obligées. Quant à votre mère, dites ce que nous pouvons faire pour elle.

—La femme du sagamo est libre; elle n'a plus besoin de rien. Son fils ne demande et ne veut rien, répondit sèchement le jeune homme, en tournant le dos aux deux dames.

—Vous le voyez, c'est une tête de mule, une vraie tête de mule, je l'ai dit; mais nous lui mettrons les pincettes, s'écria le grand connétable, en se frottant les mains,—Mesdames, voulez-vous accepter mon canot pour retourner à Lachine?

—Merci, monsieur, nous avons le notre.

—Désolé, mesdames, désolé de ne pouvoir vous être utile, dit l'obséquieux magistrat.

Léonie et sa mère sortirent du wigwam au milieu d'un attroupement considérable.

Le grand-connétable les suivit de près avec son captif et quelques agents de police. Mais, arrivées à l'endroit où on les avait débarquées, madame de Repentigny ne trouva plus les bateliers. Ils n'avaient garde de se montrer après l'attentat dont ils étaient les principaux auteurs. En vain madame de Repentigny offrit-elle de l'argent à d'autres Indiens pour les traverser. La crainte des policemen l'emportait sur la cupidité. Heureusement que le grand-connétable renouvela sa proposition, qui, cette fois, fut acceptée.

Les dames de Repentigny, son greffier et lui montèrent dans un canot, avec deux rameurs; on embarqua dans un autre Co-lo-mo-o entre quatre agents de police, et le magistrat donna l'ordre du départ.

A cet instant, un homme chétif fendit la foule curieusement assemblée sur le rivage, s'avança vers le canot qui contenait le Petit-Aigle et fit un signe aux agents de police.