—Qu'est-ce que veut ce nabot? dit rudement l'un en le repoussant.

—Laisse-le, dit un autre, c'est Jean-Baptiste le quêteux. Il veut traverser, faisons-lui la charité, ça nous portera bonheur.

Le bancal était déjà dans l'embarcation.

Les deux bateaux quittèrent le quai en même temps.

Léonie, songeuse, le coeur oppressé, hasardait, de moment en moment, sur Co-lo-mo-o, des regards timides et sympathiques; le Petit-Aigle, les mains liées sur le dos, semblait indifférent à ce qui l'entourait. Assis derrière lui, Jean échangeait des signes avec les hommes de police, sans avoir l'air de le connaître.

On atteignit ainsi le milieu du Saint-Laurent; les deux canots marchant de conserve.

Tout à coup le bancal, qui s'était dressé comme pour examiner un objet à distance, perdit son équilibre et tomba sur le Petit-Aigle.

Les policemen partirent d'un éclat de rire..

Le muet se releva lentement, et, comme s'il eut entendu les rieurs, se tourna vers eux avec colère. L'hilarité des agents de la force publique redoubla. Mais alors Co-lo-mo-o et le nain sautèrent dans le fleuve, chacun d'un côté.

—Tirez dessus! tirez dessus! commanda le grand-connétable, qui avait vu ce mouvement.