Ils étaient prêts à tirer.
Mais aucun coup ne devait être porté, aucun cri proféré avant que Molodun, le chef de l'expédition, n'eût donné le signal en sonnant d'une trompe qu'il avait jadis enlevée à un chasseur blanc.
Le départ s'opéra donc au milieu d'un silence relatif.
Arrivés devant le rio Columbia, Molodun et l'élite de ses guerriers étant descendus des traîneaux mirent leurs raquettes. Une partie des véhicules fut rangée comme un rempart devant le village et confiée à la garde des chiens, l'autre s'élança à fond de train sur la glace pour gagner la rive septentrionale du fleuve, pendant que le chef déployait sa bande en ligne droite afin de masquer le passage de la troupe chargée d'entourer les Chinouks.
Ceux-ci se montraient déjà derrière les bourdigneaux, amoncellement de glaçons dont la Colombie était hérissée.
A cet endroit, elle est fort resserrée et n'a pas plus d'un demi-mille de largeur.
Des côtes assez escarpées la bordent au nord; mais au sud elle se trouve presque de niveau avec la plaine.
Les Chinouks, qui avaient espéré tomber à l'improviste sur les Nez-Percés, ne les eurent pas plutôt aperçus qu'ils lâchèrent le houp de guerre. Un son rauque, parti de la trompe de Molodun, et instantanément suivi de vociférations sans nom, riposta à cette provocation.
L'air fut obscurci par une grêle de flèches.
L'engagement commença, à travers un tourbillon de neige et des clameurs à épouvanter les plus farouches animaux. Rien d'humain, rien qui puisse emprunter à la nature un point de comparaison dans tous ces cris, chassés, croisés, froissés, heurtés, confondus, qui, pour appartenir à la race bestiale entière, n'appartenaient à aucun animal en particulier.