Il y eut bientôt un inénarrable mélange d'hommes, de chiens, de chevaux, de choses.
On se frappait avec les armes, avec les poings, avec les pieds, avec tout. Les massues résonnaient sur les crânes comme sur des enclumes. Le sang coulait à flots. Il sillonnait la glace en ruisseaux pourpres. La mêlée augmentait. Les cadavres s'exhaussaient les uns sur les autres et formaient des monceaux, des barrières que les combattants s'opposaient comme des boucliers.
La neige, soulevée par les pattes des chiens, par la pointe des raquettes, par les ricochets des flèches, volait en nuages au-dessus des deux armées; et plus haut, les hérauts de la mort, les vautours, passant et repassant en essaims, sonnaient le glas des victimes.
Au loin, dans la campagne, se montraient furtivement les loups blancs, ces autres courtisans des grandes tueries. On voyait leurs museaux rouges se profiler aux angles des bois; on entendait leur jappement continu qui, sinistre accompagnement, semblait servir de basse au hourvari général, tandis que, d'intervalle en intervalle, un mugissement prolongé dominait toutes ces voix échauffées par de brûlants appétits.
C'était Tonnerre, le taureau d'Oli-Tahara, réclamant le droit de faire sa partie dans l'horrible concert.
Et on le voyait bondir au milieu de la multitude, rejetant derrière lui des fragments de glace concassée sous ses sabots, et exhalant par ses naseaux en feu une épaisse fumée.
A califourchon sur sa large encolure, la main droite crispée au manche d'un tomahawk; la main gauche à la poignée d'un coutelas, Oli-Tahara pressait ses adversaires avec une indicible ardeur. Partout où il allait, des masses de cadavres marquaient son chemin. Avec ses cornes puissantes, le taureau enfonçait les rangs les plus serrés, baissant la tête jusqu'au ras de la glace, puis la relevant avec deux ou trois hommes éventrés qu'il envoyait ensuite rouler à dix pas sur leurs compagnons glacés d'épouvante. Chaque mouvement du redoutable animal était marqué par la retraite des ennemis. Et pendant ce temps-là, à droite, à gauche, en avant, en arrière, frappait le métis. Ses armes étaient émoussées, mais ses bras ne se lassaient pas. Sa monture et lui étaient rouges de sang. Ils ne cessaient pourtant de semer le carnage autour d'eux.
Quel spectacle que celui-là!
Les voici qui atteignent un parti commandé par l'Aigle-Gris.
Le vieillard aperçoit Oli-Tahara. Ses gens reculent effrayés; mais lui, il ajuste une flèche à son arc, vise; la flèche part, elle siffle. Le chef des Chinouks est blessé, car il pousse un cri.