Et, tournant son tomahawk comme une fronde, il le lança tout à coup à la tête de Molodun.

Serré au milieu des siens, et ne pouvant faire usage de ses armes, le Renard-Noir se démenait alors pour se frayer un chemin jusqu'à son adversaire dont il n'était plus éloigné que de quelques pieds.

Le projectile l'atteignit au front. Il éleva convulsivement les bras en l'air et s'affaissa sur lui-même.

Ce coup hardi, mais qui, s'il eût manqué le but, privait son auteur de son meilleur moyen de défense, jeta la terreur parmi les Nez-Percés.

Les Chinouks, au contraire, se répandirent en acclamations triomphales.

Néanmoins, la victoire n'était pas décidée. Les pertes de part et d'autre étaient à peu près égales, et les tirailleurs dispersés sur la rive septentrionale du Columbia, frais et vigoureux, pouvaient, longtemps encore, tenir les Chinouks en échec.

Mais, à ce moment, un craquement effroyable fit tressaillir les assaillis elles assaillants.

Puis, soudain, la glace se partagea en deux; les eaux du fleuve éructèrent avec impétuosité de leur prison hivernale. Des centaines d'individus, morts, blessés et vivants forent précipités dans l'abîme.

Une clameur immense s'éleva vers le ciel et fut redite avec des répercussions déchirantes par les échos de la côte.

Les Nez-Percés eurent plus à souffrir de cet accident que leurs antagonistes, car ils étaient accumulés à l'endroit où la glace se divisa, et ceux qui avaient été dirigés sur le bord septentrional furent séparés du reste de la tribu.