Le Chien-Flamboyant sauta dans un traîneau attelé de deux vigoureux poneys, fit asseoir la Petite-Hirondelle auprès de lui et aiguillonna les chevaux, qui détalèrent à fond de train, en remontant la rive sud du rio Columbia.

Pendant qu'ils filaient ainsi, et pendant qu'Oli-Tahara faisait d'inutiles perquisitions pour trouver Merellum, les Chinouks, avides de butin et de débauches, se répandaient dans les loges souterraines, où ils se livraient à toutes sortes de violences. Ceux que le chef avait préposés à la garde de Molodun ne purent résister à la tentation d'imiter leurs compagnons. L'ennemi semblait s'être totalement éclipsé, et le corps du sagamo nez-percé était tellement froid que la vie semblait l'avoir abandonné. Après quelques hésitations, ils se décidèrent donc à le quitter un instant et à profiter, comme les autres, des bénéfices de la victoire.

Cependant, afin que le prétendu cadavre ne fut pas scalpé pendant leur absence, ils l'ensevelirent dans la neige.

Ensuite ils allèrent prendre part aux excès que commettait à l'envi le reste de la bande, dont les hurlements de triomphe se mêlaient aux lamentations des femmes, aux plaintes des vieillards, aux piaillements des enfants.

Mais à peine se furent-ils éloignes, qu'un petit Indien, vêtu comme un Clallome et la figure cachée dans sa couverte de peau d'orignal, s'approcha du lieu où ils avaient inhumé Molodun.

Le crépuscule commençait alors à étendre ses voiles grisâtres sur la terre.

Le petit Indien eut bien vite enlevé la couche de neige qui recouvrait le Nez-Percé. Il se pencha sur le corps, appuya son oreille à l'endroit du coeur, s'assura qu'il battait encore, puis il courut à la première hutte, s'empara d'un canot d'écorce posé au dehors, le tira jusqu'au rivage, y traîna Molodun, le plaça dans le canot et se mit à ramer de toutes ses forces, en se dirigeant vers le bord septentrional du rio Columbia.

Cet Indien, c'était Lioura, la Blanche-Nuée, qui, ayant réussi à tromper la vigilance des Clallomes, avait de loin suivi les troupes commandées par Oli-Tahara, et était ainsi, après s'être déguisée en homme, arrivée sans accident à son village, pour assister à la défaite des Nez-Percés et de leurs alliés.

La colère du métis, en constatant la disparition de son captif, fut terrible.

Il fit venir les malheureux Chinouks à qui il l'avait confié, et les condamna à être attachés nus à des poteaux et à passer la nuit dans cette position. De plus, il fit placer sur la tête de chacun d'eux un quartier de venaison, afin que les vautours, attirés par l'odeur de la viande, s'abattissent sur eux et leur déchirassent, le visage.