Cette cruelle sentence, qui équivalait à un arrêt de mort, fut rigoureusement exécutée.

Cependant, malgré le succès signalé qu'il avait remporté sur ses ennemis, Oli-Tahara n'était point content. Le double but de son expédition lui échappait; car il voulait surtout sauver Merellum et s'emparer de Molodun, pour lui faire expier dans des supplices barbares sa tentative d'assassinat.

Son désappointement l'empêcha de participer au banquet et à la danse des scalpes qui eurent lieu, le soir même, dans la loge du conseil des Nez-Percés.

Sombre et maussade, il interrogeait brutalement les gardiens de la Petite-Hirondelle, les menaçant et les flattant tour à tour, dans l'espoir d'en obtenir une révélation qui le mettrait sur la piste de la jeune fille.

Mais leur réplique était invariable.

—Le Chien-Flamboyant, le fils de Chibiabos, l'Esprit du feu, a ravi la face blanche.

Comme tous les Bois-Brûlés, Oli-Tahara était aussi superstitieux qu'un Indien pur sang, sinon plus. Après avoir pensé que cette réponse était un artifice pour le dérouter, il finit par croire qu'elle pourrait bien être vraie; il allait même cesser ses investigations, quand un jeune guerrier chinouk lui dit qu'il avait vu deux individus, un homme et une femme, s'enfuir ensemble dans un traîneau, en amont du Grand Fleuve.

Quoiqu'il fût déjà tard et que cette indication fût assez vague, le
Dompteur-de-Buffles donna l'ordre de les poursuivre.

On lui obéit aussitôt, et deux traîneaux furent lancés sur les traces de
Merellum.

L'instinct plutôt que la réflexion avait fait céder celle-ci aux suggestions du nègre. Mais une fois dans le véhicule, seule avec cet homme noir qu'elle ne connaissait pas et qui jouissait du mystérieux pouvoir d'épancher des flammes autour de lui, elle eut quelque appréhension.