—Si je vous cherchais! Mais, depuis plus d'un an, je parcours cet infernal pays en vous réclamant à tout le monde; et je furèterais encore si le hasard ne vous avait envoyée sur ma roule, un soir que, fait captif par les Arcs-Plats, j'étais conduit je ne sais ou pour être échangé contre quelque Peau-Rouge. Mais la Providence veillait sur nous. A première vue, elle vous révéla à moi, ma chère cousine. Ensuite, elle me fournit un moyen de tourner les talons à mes bourreaux. J'allai me réfugier au fort Colville, où Poignet-d'Acier venait de s'arrêter. Je lui contai mon histoire, et c'est lui qui me donna la certitude que mes pressentiments ne m'avaient pas abusé en vous voyant. Si j'avais eu quelques doutes, mon coeur les dissiperait en ce moment, et, tenez, pour vous le prouver, laissez-moi vous embrasser comme une vraie Canadienne que vous êtes, ma belle cousine.

Sans plus de cérémonie, il jeta les bras autour du cou de la jeune fille et imprima sur ses joues deux bruyants baisers.

Elle eût bien essayé de s'en défendre, mais le moyen? son chaleureux parent avait les larmes aux yeux.

—Voyons, voulez-vous vous asseoir un instant, afin que nous causions? dit-il après un instant de silence.

Sans répondre, Merellum se plaça sur le gazon.

Il se mit à côté d'elle, et lui prenant une main qu'elle abandonna volontiers, il dit:

—D'abord, vous saurez, ma cousine, que je m'appelle Xavier Cherrier, et que votre mère, ma tante, se nommait Louise. Ainsi donc, avec votre permission, ce nom sera celui que je vous donnerai désormais, car Merellum, ce n'est pas français, et la Petite-Hirondelle, c'est long… long!… quoique vous soyez bien le plus gracieux oiseau qui ait jamais gazouillé dans ces abominables régions.

—Mon frère parlera comme il lui plaira! dit-elle mélancoliquement.

—Oh! mais ne me dites plus mon frère, c'est un titre… qui… qui… Je préférerais mon cousin, si ça vous était égal, et même Xavier tout court.

—Mais que vouliez-vous à votre cousine? s'enquit-elle subitement.