Après de longues journées de marche, après avoir souffert de la soif et de la faim, un soir, la petite troupe de fugitifs arriva au pied de ce cône.
Merellum était exténuée; la disette de vivres, l'insalubrité de l'eau et des aliments, la fatigue, avaient altéré sa frêle constitution, à peine remise des secousses d'une longue maladie. Cependant elle ne se plaignait pas et trouvait dans son courage des paroles pour relever le moral de ses compagnons de misère.
Xavier Cherrier avait perdu une partie de son enjouement. Il souffrait doublement, pour elle et pour lui. Mais il s'efforçait de faire bonne contenance, et parfois plaisantait volontiers sur ce qu'il appelait «le romantique de leur situation.»
Quant à Baptiste, il ne cessait de jurer en jargon franco-hispano-anglais, et sur tous les tons, contre ces vermines d'Indiens qui obligeaient «bonne petite demoiselle et massa Xavier à promener eux par pareille chaleur, dans pareil pays.»
Au reste, actif, industrieux et toujours sur pied, il allait cueillir des pommes de cactus là ou on aurait supposé qu'un oiseau seul pouvait atteindre, et la chair juteuse de ces fruits n'avait pas été d'une mince importance pour leur sustentation, tandis que le brou offrait à leurs chevaux une provende substantielle.
Quand celle ressource manquait, Baptiste trouvait encore le moyen d'escalader des crêtes sourcilleuses de la Grande-Coulée, et de tuer au delà quelques oiseaux ou de rapporter de l'eau plein sa gourde.
Néanmoins, malgré toute son ingéniosité, aidée de la connaissance qu'avait Merellum du pays, ils durent, plus d'une fois, se coucher à jeun et fournir une longue traite, le lendemain matin, avant de trouver de quoi relever leurs forces et celles de leurs montures.
Ils étaient dans cette triste condition quand ils firent halte devant le cône dont je viens de parler. Depuis vingt-quatre heures ils n'avaient ni bu ni mangé, et leurs poneys trébuchaient d'épuisement à chaque pas.
—Il m'a semblé distinguer quelque chose comme un lac là-haut, dit Xavier; je m'en vais tacher de grimper. Peut-être trouverai-je des baies sauvages. Cela nous rafraîchira toujours mieux que ces cailloux que nous suçons du matin au soir, comme si c'étaient des morceaux de sucre. Allons, ma cousine, encore un brin de patience, et nous serons au fort Colville. Ça ne fait rien, vous devez vous dire que, pour un amoureux, j'ai de drôles de façons de faire la cour à ma prétendue…
—Votre prétendue! vous êtes bien hardi, monsieur! interrompit Merellum essayant de sourire.