Les Peaux-Rouges, dont le langage imaginé est tout fleuri d'onomatopées, les nomment tum-tum.
Ayant longé un village indien, bâti au-dessus de la cascade des Chaudières, Xavier, Merellum et le fidèle nègre ne tardèrent pas à découvrir le fort vers lequel tendaient leurs voeux depuis si longtemps déjà.
C'était le fort Colville, élevé au centre d'une charmante prairie toute chargée des trésors de la nature et entouré d'une ceinture de collines qui l'abrite contre les affreux ouragans dont cette région est trop souvent le théâtre.
Ils y touchèrent après avoir traversé la rivière Thompson.
Cet établissement, formé à deux cent cinquante lieues environ de l'embouchure de la Colombie, est une propriété de la Compagnie de la baie d'Hudson. Si à l'époque de notre récit il n'avait pas toute l'importance qu'il a maintenant, c'était cependant déjà une factorerie assez considérable, mais dont les chefs faisaient plutôt la traite de la chair de buffle et du saumon boucané que celle des pelleteries.
Le fort proprement dit se compose d'une enceinte palissadée, haute de vingt pieds, bastionnée aux angles et munie de vieilles coulevrines.
A l'intérieur s'étendaient les magasins de la compagnie, les chantiers, les logements des chefs facteurs, des commis, des engagés et un hangar spécial réservé aux aventuriers peaux-blanches et peaux-rouges, qui, chaque soir, venaient demander l'hospitalité.
Et on l'accordait, sans difficulté, cette hospitalité. Ennemis ou amis étaient reçus. Comme dans l'antiquité, comme dans les tribus indiennes, une fois le seuil passé, l'hôte, quel qu'il fût, était sacré. Aussi trouvait-on dans les caravansérails du désert américain les assemblages les plus bizarres, les couleurs les plus disparates, les hétérogénéités les plus sanglantes.
C'était un bruit, une confusion, un tohu-bohu à épouvanter tout autre que les rudes voyageurs, ces infatigables pionniers qui parcourent le Nord-Ouest américain.
Pour les idiomes, vous étiez transporté aux temps et autour de Babel.