Xavier tua un bouquetin, le premier quadrupède qu'ils eussent rencontré depuis leur entrée dans la Grande-Coulée.

Ils se reposèrent deux heures et reprirent leur marche.

Au bout de quatre jours, ils pénétrèrent dans une contrée nouvelle, montueuse et boisée, et sortirent enfin du canon maudit.

Désormais, l'eau et les vivres ne leur manqueraient plus. Ils se sentaient près du fort Colville. L'espérance, les réchauffant de ses rayons bienfaisants, ranima leurs forces.

Cependant, la première nuit qu'ils couchèrent sur les hauteurs, Cherrier s'éveilla tout à coup en proie à un violent émoi. Il était balancé à droite et à gauche, comme si la montagne eût été secouée par un tremblement de terre.

Merellum lui apprit en souriant que ce qui causait son effroi était simplement l'oscillation, au souffle du vent, des pins gigantesques sous lesquels ils étaient étendus.

Ces pins, de la plus grande espèce, appelés par les naturalistes lambertinæ, plantent leurs racines entre les fissures des rochers, à fleur de terre. Les débris de leur feuillage forment peu à peu, en dessous, un lit de verdure qui semble immobile. Mais viennent les plus légères brises, et le tronc des arbres ploie, comme un jonc sur sa base, et toutes les racines, avec le sol environnant, sont en mouvement.

Les Canadiens-Français désignent ces conifères par le nom de pins tremblants, et les endroits où ils poussent par celui de berceuses.

Xavier se rendormit en riant de sa peur.

Le lendemain, dans l'après-midi, ils arrivèrent à la chute des Chaudières, cataracte de près de soixante pieds, considérée comme la plus haute du rio Columbia. Elle doit sa dénomination aux trous ronds que l'eau et les cailloux ont, en tombant, pratiqués au bas. «Les cailloux, dit avec raison un voyageur, une fois retenus entre les inégalités des rochers, sous la cascade, tournent en spirale énorme et creusent ainsi des cavités aussi rondes et aussi polies que les parois intérieures d'une chaudière de fer.» Les fleuves de l'Amérique du Nord contiennent grand nombre de ces chaudières naturelles. Il y en a de fort remarquables au Canada, près de Québec et d'Ottawa.