Peu de temps après leur arrivée, ils assistèrent à l'ouverture d'une des vastes caves dans lesquelles la Compagnie de la baie d'Hudson conserve des centaines de buffles coupés par morceaux, pour être convertis en pemmican et expédiés sur les différents postes de ses immenses territoires.

Ces caves sont bâties avec de la glaise, à dix ou douze mètres au-dessous du niveau du sol, et, après un carnage[17] de bisons, avant l'hiver, on y entasse les carcasses, entre des glaçons, jusqu'à ce qu'elles soient pleines. Alors elles sont bouchées pour n'être rouvertes qu'en été, lorsqu'on a besoin de la viande. Chacune peut contenir cent bêtes dépecées. Et ce moyen de préservation est si parfait, qu'au bout de deux ans de séjour les chairs déposées dans les glacières sont encore fraîches et excellentes au goût.

[Note 17: Voir la Huronne.]

La cave ayant été mise à jour, on en retira une grande quantité de quartiers de buffles, qui furent taillés en tranches très-minces; avec la peau, on fit des sacs longs de trois pieds environ, sur un et demi de diamètre.

Dans des chaudières suspendues sur des bûchers en plein air bouillait la graisse des animaux.

Quand elle fut jugée à un degré d'ébullition convenable, on la versa, au moyen d'une poche, dans les sacs avec des tranches de viandes en proportion d'une livre de viande pour un quart de graisse à peu près. Ceci terminé, les sacs furent liés, pressés et fortement ficelés.

Ainsi façonnés comme de gros saucissons, ils pesaient une quarantaine de livres et constituaient ce que les trappeurs appellent un taureau. Les taureaux furent ensuite portés dans les séchoirs, sorte d'appentis à claire-voie, où étaient pendus à des perches des milliers de saumons, fendus en deux, et qui provenaient de la pêcherie établie au pied de la chute des Chaudières.

Le spectacle de cette préparation, faite au milieu des chants et des rires de toute la population du fort, intéressa fort Xavier Cherrier.

Merellum elle-même y prit plaisir, car c'était la première fois que, depuis son bas âge, elle se trouvait en aussi grande et aussi joyeuse compagnie de gens de sa race.

Pendant qu'on étendait les taureaux de pemmican pour les faire dessécher, ou qu'on les chargeait sur ces étranges chariots tout en bois (sans qu'un seul morceau de métal entre dans leur construction), les seuls en usage sur le territoire de la baie d'Hudson, pour les transporter aux divers postes de la Compagnie, le chef-facteur proposa aux deux jeunes gens de les conduire à la pêche au saumon, qui avait lieu au bas des chutes de la Chaudière.