Je n'ai pas besoin d'ajouter que Xavier accepta avec joie.
La Petite-Hirondelle aimait trop à le voir heureux pour ne pas être contente de ce qui le mettait en gaieté. Elle connaissait la pêche au saumon, l'avait souvent pratiquée, et n'était pas fâchée de déployer son adresse aux yeux des Canadiens.
Il n'y a guère que deux milles et demi du fort aux chutes, dominées par le village indien des Quiurlapi (peuplade au panier), qui se sont arrogé le monopole de la pêche en cet endroit de la Colombie.
Ces Peaux-Rouges obéissent à deux chefs, l'un préside à la chasse, l'autre à la pêche. Nul n'a le droit de se livrer à ces exercices sans leur autorisation. L'un et l'autre se réservent les meilleurs morceaux, les plus belles proies.
Leur pouvoir est sans bornes. J'ai ouï dire qu'ils cherchaient à l'étendre sur les blancs qui habitent le voisinage. J'en doute; mais, quoi qu'il en soit, les employés des forts Colville et Okanagan ne se permettaient pas alors de pécher le saumon sans le consentement du chef des eaux.
Un mois ou six semaines avant que d'accorder à qui que ce fût ce consentement, lui-même dressait au pied de la cascade sa vaste trappe à pêcher.
C'est un appareil en osier, à claire-voie, ayant la figure d'une nasse ou birc, dont l'orifice embrasse plus de cinquante pieds de circonférence.
On le place dans le fleuve, sous la chute, de façon à ce que la nappe d'eau tombe perpendiculairement dans l'ouverture, au-dessus de laquelle on fixe, à sept ou huit pieds, une sorte de charpente en bois.
Quand arrive le saumon, vers le commencement de saantylka [18], c'est-à-dire de juillet, après avoir remonté toute la Colombie depuis l'embouchure, il est excessivement fatigué par sa longue navigation à travers les nombreuses et rapides cascades qu'il a du franchir.
[Note 18: L'année des sauvages de la Colombie est aussi divisée en douze mois, dont voici les noms: