Sustiki (glace). Janvier.
Squasus (froid). Février.
Skiniramen (sorte d'herbes). Mars.
Skaputsi (départ, de la neige). Avril.
Staqumanos (racine amère). Mai.
Jtzwa (racine de kamassas). Juin.
Saantylka (chaud). Juillet.
Selamp (orageux). Août.
Skalnes (fin du saumon). Septembre.
Skàài (lune sèche). Octobre.
Kinni-Ayligutin (construction des loges). Novembre.
Kumakwala (lune de neige). Décembre.]
La plus rude épreuve l'attend à la Chaudière; car là, il lui faut faire une suite de bonds de soixante pieds de haut pour atteindre le sommet de la chute, d'où il ne redescend plus, dit-on, lorsqu'il a réussi à l'escalader.
«Les saumons remontent en juillet, écrit M. Paul Kane, et pendant deux mois ils affluent en masses incroyables. Ils ressemblent à une bande d'oiseaux au moment où ils font ce saut énorme pour remonter les chutes; le défilé commence à l'aurore et ne cesse qu'à la nuit tombante. Le chef me dit qu'il avait pris, en un jour, jusqu'à dix-sept cents saumons, chacun pesant trente livres en moyenne. L'un dans l'autre, chaque journée de pêche à la trappe du chef est de quatre cents poissons.»
On peut juger par là de la prodigieuse quantité de victimes faites chaque année par les seuls Indiens Quiurlapi, car, après l'expiration de son mois privilégié, le chef abandonne ses droits, le poisson devenant plus maigre et plus chétif. Alors tous ceux qui veulent pêcher le peuvent. Ils font usage de nasses plus étroites que celle du chef ou se servent de harpons qu'ils manient avec beaucoup de dextérité. Ils capturent ainsi jusqu'à deux cents poissons par jour. D'autres tendent dans les rapides de petits filets à main, où les saumons se prennent en foule à la surface de l'eau. Ces filets sont arrangés de façon que le poisson, une fois entre, fasse par ses efforts tomber un petit bâton qui en tenait l'orifice développé avant qu'il ne s'y introduisit. Le poids du saumon suffit alors à faire fermer l'ouverture de l'engin, comme une bourse, et on s'empare aisément du captif.
Le saumon constitue presque le seul aliment des Indiens de la Colombie méridionale: une pêche de deux mois fournit à leur consommation de toute l'année. Pour le préparer et le sécher, on commence par lui fendre le dos, puis on fend encore chaque moitié séparément, ce qui rend les fractions assez minces pour sécher en quatre ou cinq jours. On enveloppe ensuite les poissons dans des nattes de jonc ou d'herbes de façon à former des paquets de quatre-vingt-dix à cent livres chacun, lesquels sont cousus et placés sur des échafauds afin de les mettre à l'abri de la voracité des chiens.
«Les Chualpais [19], ajoute Paul Kane dans son intéressante relation, les Chualpais pourraient, s'ils le voulaient, prendre une quantité de saumons beaucoup plus grande; mais, comme le chef me le fit remarquer, s'ils prenaient tous ceux qui s'offrent à eux, il ne resterait rien pour les Indiens de la partie inférieure du fleuve, de sorte qu'ils se contentent de pourvoir strictement à leurs besoins.»
[Note 19: Orthographe et prononciation vicieuses du mot Quiurlapi.]
Cette assertion a pu être faite à l'aventureux artiste canadien, mais elle est fausse; car les Quiurlapi vendent ou échangent aux agents de la Compagnie de la baie d'Hudson un nombre considérable de saumons; et d'ailleurs, comment ceux qu'ils laisseraient volontiers échapper par un sentiment de prévoyance et de commisération complètement étranger à la race rouge, pourraient-ils être de quelque utilité «aux Indiens de la partie inférieure du fleuve,» puisqu'il est notoire (et Kane l'assure lui-même) que tous les saumons remontent la Colombie au delà de la chute de la Chaudière pour ne plus redescendre!
Au reste, avant d'atteindre ce point, une terrible guerre ne leur a-t-elle pas été faite par les Indiens de la partie inférieure eux-mêmes, qui, tout aussi bien que et avant les Quiurlapi, profitent de l'époque du frai pour s'approvisionner de saumon, soit à la pointe Astoria, soit près du fort Vancouver, soit à la dalle des Morts, soit au saut du Prêtre.
Les chutes de la Chaudière sont, il est vrai, l'endroit par excellence pour la pêche du saumon, et cette pêche est accompagnée de cérémonies fort réjouissantes. Durant, les premiers jours, les Quiurlapi y procèdent après s'être couvert le visage de masques grotesques [20] en écorce de cèdre, puis roulés, tout oints de graisse, sur des couches de plâtre en poudre, ce qui leur donne l'apparence de véritables fantômes.