Lioura ne s'attendait pas à cette rebuffade. Mais déjà, dans son coeur, un sentiment de haine pour son mari s'associait à la jalousie que lui inspirait Merellum. Dissimulant donc son aigreur, elle répliqua d'un accent soumis:

—Lioura a toujours été prête à obéir à son seigneur.

—Qu'elle parle!

—Molodun, dit-elle, peut ravoir cette face blanche en ordonnant un grande liemola. Il n'ignore pas que c'est l'usage d'apporter comme enjeu, outre des pelleteries et des armes, des vêtements et des coquillages, les captifs faits pendant la lune précédente.

—La Nuée-Blanche a sagement dit! s'écria le sachem, sans pouvoir cacher la joie que lui causait cet avis.

Lioura lui jeta un coup d'oeil fauve, plein d'animosité. Mais il ne le vit pas et se leva pour aller sur-le-champ consulter les jongleurs de la tribu.

C'est que, comme la plupart des rites indiens, la liemola, ou jeu de la balle, est sacrée, et les jeesukaïns en sont les ordonnateurs et les juges.

Molodun se les était attachés depuis longues années. Ils lui étaient entièrement dévoués et n'hésitèrent pas à servir ses projets. Séance tenante, il fut décidé que la liemola serait annoncée le jour même, qu'elle aurait lieu le surlendemain, et que Molodun commanderait un parti de joueurs, tandis que Maxmaxpeopeo commanderait l'autre.

Tous les hommes choisis à cet effet étaient tenus de jeûner pendant vingt-quatre heures avant le commencement de la partie et tout le temps qu'elle durerait ensuite.

La nouvelle de la fête fut accueillie avec des transports d'allégresse dans l'ienhus et dans les villages nez-percés circonvoisins.