Alors, des deux côtés des buts, tous les joueurs à l'envi se précipitèrent, leur niren à la main, cherchant à saisir la balle, à la jeter ou à la pousser au delà des poteaux qui appartenaient à leur propre camp.

Les squaws, qui ce jour-là ont pleine liberté, se mêlaient aux hommes, les excitaient de la voix, du geste et même du bâton. Je vous laisse à penser si elles s'en donnent à coeur que veux-tu. C'était pour elles ce qu'était autrefois la fête des esclaves à Rome. Elles pouvaient largement user de représailles, car un mari qui se fut fâché aurait été hué par ses compagnons.

Aussi les horions pleuvaient-ils drus comme grêle sur les épaules des joueurs. Les Indiennes faisaient assaut d'insultes et de coups. Et sous prétexte de le stimuler à remporter la victoire, plus d'une assommait littéralement son époux.

Lioura n'était pas la moins active, pas la moins acharnée. Sans s'inquiéter de la confusion, des bousculades, elle ne quittait pas d'un pouce Molodun, et, armée d'un nerf de buffle, elle ne lui laissait ni trêve ni repos.

Le tumulte, la cohue, le mélange de ces corps rouges et blancs, les chutes des maladroits, les disputes, le mouvement de tous ces bâtons, allant à droite, à gauche, en avant, en arrière, en tous sens, et cette balle qui bondissait, tantôt ici, tantôt là, poursuivie à la course par une foule compacte, haletante, hurlante, sanglante, omnicolore, formaient un spectacle inénarrable.

Il avait été résolu que le jeu serait terminé après cent parties, c'est-à-dire après que la balle aurait été ramenée cent fois au delà des lonosi.

Quand une des bandes avait réussi à l'entraîner dans son camp, elle la renvoyait aux juges, qui faisaient alors une marque au profit de cette bande, puis relançaient le projectile.

La lutte recommençait aussitôt avec un redoublement d'ardeur.

Le soir vint, on continua le jeu aux flambeaux.

La troupe de Molodun avait remporté quarante-cinq parties, et celle de
Maxmaxpeopeo quarante.