Poignet-d'Acier et Nick Whiffles s'étaient empressés de descendre sur la plage pour tâcher d'en secourir quelques-uns. Mais le courant à cet endroit était impétueux. Tous les canots avaient été mis en pièces ou disperses par l'explosion, et le fleuve ne rejetait sur le rivage que des cadavres, bientôt bientôt scalpés par les Chinouks, revenus de leur effroi, et rassemblés maintenant en groupes au bord de la Colombie.
—A moi! à moi! Nick Whiffles! cria tout à coup un blanc, qui luttait de toutes ses forces avec un Indien à une centaine de pas de la rive.
Le Peau-Rouge l'avait étreint par-dessous les aisselles et ne voulait pas le lâcher, malgré les rudes coups de coudes que l'autre lui assénait dans la poitrine, car il paralysait ses mouvements et devait infailliblement le noyer avec lui, si le blanc ne parvenait pas à s'en débarrasser.
—A moi, Nick! à moi! au secours! répéta-t-il d'un ton défaillant.
—Castors et buffles! je reconnais cette voix-là, dit le trappeur, c'est celle de Louis-le-Bon! On ne peut le laisser mourir comme ça! Cette vermine d'Indien va le faire caler! Oh! je ne supporterai pas ça. Je n'aime pas à répandre le sang, ô Dieu non! mais ma foi, tant pis!
E prononçant ce monologue, Nick épaulait sa carabine. Il ajusta le Nez-Percé qui s'attachait au corps de Louis-le-Bon, fit feu, et le crâne du sauvage vola en éclats.
L'infortuné ne proféra pas un soupir; ses nerfs se détendirent, il flotta un instant sur l'eau et puis s'enfonça pour ne plus reparaître, pendant que Louis-le-Bon nageait rapidement vers la plage.
—Merci, ami Nick, tu m'as tiré une fameuse épine du pied, dit-il en serrant la main du chasseur.
—Tu pourrais dire du dos, ça serait plus juste, mon cousin, répliqua
Nick avec un accent narquois qui lui était particulier.
—Que s'est-il passé? intervint Poignet-d'Acier.