A l'époque où nous la retrouvons, Merellum, la Petite-Hirondelle avait une vingtaine d'années. Elle était blanche comme le lait, et à peine une légère teinte rosée colorait ses joues. Ses traits n'étaient point réguliers, mais ils plaisaient dans leur ensemble par l'expression de douceur et de bienveillance qu'on y lisait. Une chevelure superbe, dans laquelle elle aimait à se draper comme dans un manteau; de beaux yeux bleus, ordinairement rêveurs, mais qui pouvaient s'animer et darder des éclairs au moment du péril, achevaient d'en faire une des créatures exceptionnelles dont l'influence magnétique, inanalysable, s'impose despotiquement à ceux qui les entourent. Elle avait d'ailleurs une taille au-dessous de la moyenne; quoique d'un dessin correct, ses membres étaient grêles. Enfin, au premier aspect, elle vous semblait d'une délicatesse souffreteuse. Mais cette apparence était décevante, décevante comme l'air de nonchalance qui caractérisait habituellement son visage. Sous une enveloppe chétive, Merellum cachait une âme finement trempée; et, sous sa carnation satinée, se déployait un réseau de muscles et de nerfs dont la flexibilité et la solidité eussent fait envie à un gladiateur romain. En un mot, elle était brave comme l'aigle, souple comme la panthère; mais elle ne résistait pas aux fatigues prolongées. A un moment donné, les forces de son corps et de son esprit la trahissaient. Le ressort se détendait brusquement, et elle n'était plus qu'une enfant faible, endolorie, cherchant le repos. La prostration durait peu toutefois, surtout si des circonstances nouvelles, pressantes, changeaient le cours de sa vie. Une contre-réaction s'opérait bientôt en elle, et Merellum reprenait sa fermeté, sa vaillance. Les émotions aiguës l'agitaient comme un courant électrique; et quand on la croyait chancelante, elle se relevait tout à coup galvanisée, prête à recommencer la lutte, à affronter les dangers avec un redoublement d'énergie.

Au moment de son enlèvement, Merellum était vêtue d'une tunique en peau d'élan, frangée avec des passementeries écarlates et enrichie de broderies en grains bleus d'aioqua. Des mocassins élégants emprisonnaient ses pieds mignons, une sorte de béret, en fibres d'écorce de cèdre, était coquettement posé sur sa tête et laissait courir sur ses épaules les ondes de son opulente chevelure.

En abordant, on lui avait enlevé le bâillon qui couvrait sa bouche.

La première, elle revint de la stupeur que lui avait causé l'explosion du vaisseau.

Se tournant du côté de Molodun avec un regard dédaigneux, elle lui dit ironiquement:

—Merellum croyait que le Renard-Noir était plus brave que les vils esclaves dont il est le chef; mais elle s'est trompée. Le Renard-Noir n'a pas plus de courage que les hiboux que sa tribu a choisis pour emblème. Il lui faut plus de deux fois cent guerriers pour prendre une femme, et, quand il l'a en son pouvoir, après s'en être emparé par la ruse, il fuit devant ses ennemis comme un chevreau devant les chiens. Le Renard-Noir est un lâche!

A cet outrage, Molodun se redressa, transporté de fureur.

—La Petite-Hirondelle a la langue trop longue, s'écria-t-il, le
Renard-Noir la lui rognera et la donnera à manger aux volverennes.

—Si la langue de la Petite-Hirondelle est trop longue, celle du Renard-Noir est trop courte, car il n'a pas osé dire à la Nuée-Blanche qu'il l'avait épousée par dépit de ce que la Petite-Hirondelle avait méprisé son amour, répliqua hardiment Merellum.

—Tu mens, face pâle maudite! je ne t'aime pas, je ne t'ai jamais aimée! reprit le chef en grinçant des dents.