La lutte ne fut pas longue. Iribinou n'était pas de taille à se mesurer avec le Renard-Noir. Mais ce dernier ayant glissé sur le fond humide du bateau, tomba à genoux et laissa échapper son couteau. Cependant il se releva avec l'agilité d'une panthère, et, avant que l'Ours-Gris eût pu profiter de son avantage, il l'avait saisi par les hanches et renversé au milieu du rio Columbia, où il disparut bientôt en proférant des cris de vengeance.

Ces cris eurent un écho dans l'île; le houp de guerre des Chinouks y répondit. Plusieurs canots furent détachés à la poursuite des Nez-Percés. Mais, à la faveur de l'obscurité, Molodun les mit en défaut. Le lendemain matin, il campa près du fort Vancouver, et, dans la soirée, rejoignit son beau-père sur le bord de la rivière des Sables-Mouvants. Ce dernier y était retenu par quelques avaries qu'avait essuyées son canot. On avait délié les pieds de Merellum, mais sans lui rendre la liberté de ses mains. La jeune fille conservait toujours sa dédaigneuse fierté. Elle accueillit Molodun le sarcasme aux lèvres. Le sagamo était sombre; son esprit roulait de sinistres projets.

—Le malheur s'est étendu sur notre tribu depuis que j'ai épousé ta fille, dit-il au vieillard. Si tu n'avais pas exigé en présent mon arc en dent de narval, et si je n'avais pas eu la faiblesse de te le donner, ce qui a eu lieu ne serait pas arrivé. Il faut que tu me le rendes.

—Cet arc est à moi, il ne me quittera pas, répliqua fermement le père de Lioura.

Alors, s'écria le Renard-Noir d'une voix tonnante, je répudierai ta fille et épouserai cette face pâle.

Il montrait la Petite-Hirondelle assise sur une roche.

—Tu ne l'épouseras pas, et tu garderas ma fille! répondit le vieillard d'un ton décidé.

—Et qui donc oserait m'en empêcher?

—Moi, misérable trompeur qui m'as abusée par tes fausses protestations d'amour! répondit une voix vibrante et acerbe derrière lui.

Molodun se retourna tout d'une pièce et se trouva face à face avec
Lioura, la Blanche-Nuée.