Molodun s'en approcha eu faisant un signe de reconnaissance. Aussitôt il fut recueilli à bord. Il n'y avait sur le canot que deux Indiens: Iribinou, l'Ours-Gris, l'ancien prétendant de Lioura, et un autre.
—Pourquoi mon frère nous a-t-il quittés? demanda Iribinou à Molodun.
—Afin de poursuivre le Dompteur-de-Buffles, répliqua-t-il.
—La langue de mon frère a tourné du mauvais côté, reprit l'Ours-Gris d'un ton railleur. Mon frère a conduit ses guerriers à un piège pour s'emparer d'une face pâle, et ensuite il s'est sauvé.
—C'est faux! s'écria le Renard-Noir.
—Mon frère le prouvera aux jeesukaïns de la tribu! Plus de deux fois cent de ses vaillants jeunes hommes ont été tués et scalpés par les Chinouks.
—Tu mens! hurla Molodun en serrant la poignée de son couteau qu'il n'avait pas quitté.
—Oui, dit Iribinou, quittant sa pagaie et se dressant dans le canot, oui, tu nous a trahis pour satisfaire tes passions. Tu nous a fait assommer comme un troupeau de buffles sans défense, et tu viens maintenant de chez les Chinouks qui sont là, dans cette île, recevoir le prix de ta perfidie!
A ces mots, Molodun cessa de se contenir, il s'élança sur Iribinou.
L'autre sauvage continuait de ramer avec un calme imperturbable.