Poignet-d'Acier fit avec la tête un geste négatif.
—Voyons, Nick, il faut nous hâter, dit-il ensuite.
—Comme de raison, capitaine. Mais, je l'avoue, ce coquin de sac est trop lourd pour mes épaules.
—Prenez-en un autre; je transporterai celui-ci.
—Ah! vous, c'est différent. Je ne sais pas ce que vous ne feriez pas, capitaine; vous êtes le plus vigoureux, le plus habile, le plus infatigable de tous les chasseurs du Nord-Ouest. Ce sera une maudite perte pour nous autres francs trappeurs quand vous serez parti, et les gens de la compagnie de la baie d'Hudson seront, bien capables d'allumer un feu de joie, car vous leur avez donné fièrement du fil à retordre. A votre place, je ne les quitterais pas comme ça, moi. Ont-ils un peu cherché à vous assassiner, hein? Depuis Pad et Joe [1]…
[Note 1: Voir la Tête-Plate.]
—Bon, bon! laissons cela, interrompit brusquement Poignet-d'Acier, dont le front se rembrunit aussitôt, comme si ces réminiscences lui eussent été pénibles.
—A votre aise, capitaine. Je me tais sur ce chapitre, quoique j'en aurais long à dire. Mais ça n'empêche pas que ça me peine de vous voir partir comme ça! Je m'étais fait à vous comme à mes chiens, et je m'en vais maintenant être tout aussi désorienté que la première fois que j'ai quitté les établissements [2].
[Note 2: Les trappeurs du Nord-Ouest nomment établissements les lieux habités par les gens civilisés.]
—Pourquoi ne m'accompagneriez-vous pas?