Lioura ne l'avait pas encore aperçue, car la Petite-Hirondelle se trouvait placée derrière elle.

Elle tressaillit, regarda du coté d'où venait le son et s'écria avec un accent de joie cruelle:

—La face pâle! la face pâle!

—Oui, dit Molodun, heureux de détourner à son bénéfice l'irritation qu'il avait soulevée, oui, la face pâle que le Renard-Noir avait juré de ramener à son épouse chérie! Il a tenu sa parole; Lioura l'en récompensera-t-elle?

Mais il parlait en pure perte. Sa femme ne l'entendait pas. Elle avait bondi comme une tigresse; et, tremblante de fureur, les prunelles flamboyantes, elle dévorait des yeux la jeune fille.

Bientôt elle se jeta sur elle, lui sillonna le visage avec ses ongles, mit en lambeaux son vêtement, et lui mordit les épaules avec des rugissements de bête fauve.

Elle haletait, elle écumait; elle frappait sa rivale des poings et des pieds; elle ramassait des cailloux pour lui en meurtrir le corps et l'aurait tuée sur-le-champ, si l'Aigle-Gris ne se fût interposé.

Loin de chercher à se défendre ou à apaiser la mégère, Merellum l'excitait par ses révélations empoisonnées.

—Pourquoi, disait-elle en crachant au visage de l'Indienne, pourquoi déchirer cette belle robe qu'il m'a donnée? Elle t'irait si bien! Il te prendrait pour moi, car il me voit partout! Il m'aime tant! Hier encore il me le répétait devant ton père! Frappe plus fort. Tu ignores la manière de torturer tes ennemis. Les femmes nez-percés ne savent ni aimer ni défendre leur amour. Elles sont lâches comme leurs époux. Oh! que tu as la main molle! Je te défie bien de me faire crier.

Molodun contemplait froidement en apparence cette scène.