Toutefois il veillait soigneusement à ce que Lioura ne portât pas un coup dangereux à la Petite-Hirondelle, et il se disposait même à l'arrêter, quand l'intervention de l'Aigle-Gris lui épargna cette épineuse besogne.

Mais il s'en fallait de beaucoup que la Nuée-Blanche fût satisfaite. Elle se débattait entre les bras de son père, tentait de se dégager pour se ruer encore sur la pauvre Merellum, et se confondait en imprécations effrayantes contre sa victime, contre son mari, contre celui qui la retenait. Elle lui échappait déjà quand son frère parut.

Renolunc, le Castor-Industrieux, était allé à la chasse. Il rapportait sur ses épaules un jeune peccari, sorte de sanglier fort commun à l'ouest des Montagnes-Rocheuses. En voyant ce qui se passait, il fronça le sourcil, et, se plaçant devant sa soeur:

—Lioura, dit-il, n'est pas fidèle à sa parole; pourquoi n'a-t-elle pas attendu dans sa loge le retour des Nez-Percés?

—Lioura avait hâte de saluer leur triomphe sur les Chinouks. Elle a quitté l'ienhus (village) il y a cinq nuits. Elle voulait être la première à recevoir de son mari les chevelures qu'il avait enlevées à ses ennemis.

Renolunc branla la tête d'un air incrédule.

—Ma soeur, répondit-il, sait habilement préparer son discours. Mais elle ne réussira pas à tromper son frère. Elle est venue ici poussée par sa jalousie contre cette peau blanche. Ma soeur a soulevé le courroux des Esprits. Ils lui avaient défendu de se mettre en route avant l'arrivée des guerriers nez-percés, et ils lui avaient ordonné d'attendre dans sa hutte que Molodun lui amenât l'esclave qu'il lui avait promise.

—J'ai vu un ouiarou [8] en songe…, commença la Blanche-Nuée.

[Note 8: Présage.]

Renolunc frappa du pied en s'écriant avec sévérité: