—J'aurai l'une ou l'autre, si je ne puis les avoir toutes les deux, se dit-il.
Et il attendit.
La tempête le servait à souhait.
Il n'eut pas de peine à opérer le rapt de Lioura, quoique sa perpétration eût réclamé une audace et un sang-froid inouïs. Cependant, maître de la Nuée-Blanche, il n'était pas rassasié. Ce premier succès l'avait mis en appétit, si je puis m'exprimer ainsi. Sûre d'elle, il partit de nouveau avec l'intention de s'emparer aussi de la Petite-Hirondelle.
Mais, cette fois, l'attente de l'Ours-Gris fut déçue. Il eut beau rôder autour des huttes, l'occasion de capturer Merellum ne se présenta point.
Le lever de l'aurore l'obligea de battre en retraite, et il revint à la caverne, où son apparition fut, comme on l'a vu, un sujet, de stupéfaction pour Lioura.
—Oui, répondit-il à son exclamation, c'est moi, Iribinou, qui ai apporté ici la Blanche-Nuée, parce qu'elle a été indignement outragée par des lâches dont l'un, son époux, ne mérite pas ce haut honneur, l'autre, son frère, lui a lancé des insultes et des menaces au lieu de la défendre et de la protéger. Moi, j'ai pris le parti de ma soeur, qui est plus belle, plus parfumée que la rose des prairies, et dont le coeur a la suavité des rayons de miel. Si la Blanche-Nuée que j'aime, que j'ai toujours aimée, daigne consentir à habiter mon wigwam, je vengerai les affronts qu'on lui a faits. Elle recevra, si elle veut, de ma main, les chevelures de ceux qui l'ont offensée et la face blanche que Molodun a prise dans le grand canot des Visages-Pâles pour en faire sa femme.
Lioura s'attendait si peu à cette étrange déclaration que d'abord elle demeura atterrée.
L'Ours-Gris prit son silence pour une approbation tacite, et il se pencha vers elle afin de sceller par un baiser le contrat, passablement aléatoire, qu'il lui proposait.
Mais aussitôt l'Indienne, se jetant sur lui, saisit sa joue entre ses dents aiguës et lui arracha le morceau.