Iribinou lâcha un cri de douleur et la repoussa si rudement, qu'elle tomba sur le roc nu et se fit une blessure au front. Incapable de se relever à cause des liens qui entouraient ses poignets et ses chevilles, elle l'accabla d'insultes.

—Va-t'en, lâche carcajou! va-t'en! Les hommes te font peur et tu surprends les femmes dans la nuit. Ce n'est pas une plume d'aigle qu'il faut à ta chevelure, mais une plume de pingouin. Va-t'en! Tu es lâche, tu es vil; je te méprise! Tiens! regarde le sang qui coule de ta joue, c'est du sang de lapin. Oh! le hardi guerrier qui s'attaque aux squaws! le noble ami qui vole la femme de son ami, car tu te disais l'ami de Molodun, serpent venimeux! Et tu pensais que je t'écouterais! Tu t'imaginais que la Nuée-Blanche ouvrirait l'oreille à tes odieux discours, que la jalousie l'aveuglerait au point de lui faire accepter tes laideurs pour des beautés, tes couardises pour des bravoures! Mais tu ne sais donc pas que tu es vieux, vilain, bête et méchant! Tu ne sais donc pas que je te hais autant que j'aime Molodun…

Ne prononce pas son nom, ou je te tue! s'écria l'Ours-Gris en la frappant du pied.

—Beau courage que le tien, reprit-elle, beau courage! Tu es bien fort, n'est-ce pas, Iribinou? et ton nom sera cité parmi les vaillants de la tribu. Tu as battu une femme! une femme attachée qui ne peut se servir de ses mains ou de ses pieds! Oh! le grand exploit! que d'honneur il te rapportera! Pourquoi ne prends-tu pas aussi ma chevelure? Elle figurerait bien à ton bras. Allons, tire ton couteau, scalpe-moi et va porter ce brillant trophée à Molodun. Il saura t'en récompenser. Tu n'oses pas! Tu sais pourtant bien que j'aime Molodun…

—Et lui ne t'aime pas! répondit l'Ours-Gris avec un ricanement farouche.

—Tu as menti! Il m'aime!

—Et la face blanche?

Lioura tressaillit.

—N'a-t-il pas dit, continua sardoniquement Iribinou, n'a-t-il pas dit, au dernier soleil couchant, qu'il te répudierait et qu'il l'épouserait!

—Ta langue est croche, répliqua-t-elle d'un ton sourd.