Le soir même, Lioura et lui, prisonniers des Clallomes, étaient l'un et l'autre attachés dans des huttes séparées, au village du Long-Sault, distant de vingt milles de la jonction de la rivière des Sables-Mouvants avec la Colombie.

Les Clallomes étaient en guerre avec les Nez-Percés. La mort attendait leurs captifs, mais ils voulaient une occasion solennelle pour les livrer au bûcher. La venue des Chinouks, leurs alliés, qui depuis longtemps avaient projeté une incursion sur les territoires de chasse des Nez-Percés, devait leur fournir cette occasion. On espérait qu'ils arriveraient le lendemain. Et, dans cette attente, on avait dressé un grand banquet de graisse d'ours, viande d'orignal, chair de poisson et cônes d'arbre à pain. Mais le lendemain parut sans amener les Chinouks. C'était extraordinaire, car la ponctualité de leur chef Oli-Tahara était connue de toutes les tribus indiennes à l'ouest et à l'est des Montagnes-Rocheuses.

Les Clallomes inquiets dépêchèrent des messagers dans la direction du cap de la Roche-Rouge. Quelques jours se passèrent sans que l'on entendît parler d'Oli-Tahara ou des députés qu'on lui avait envoyés. Ces derniers revinrent enfin au village. Les rumeurs qu'ils rapportèrent parurent étranges. Ils avaient appris que l'élite des guerriers nez-percés avait été engloutie dans le rio Columbia, sans qu'on pût savoir comment, et que le chef des Chinouks, blessé d'une manière mystérieuse aussi, s'était vu forcé d'ajourner son expédition.

Les ambassadeurs ajoutèrent encore qu'on prétendait que leur souveraine
Merellum avait, au milieu de cette catastrophe, été enlevée par
Yas-soch-a-la-ti-yah, le génie protecteur des Clallomes.

Malgré cette déclaration, les partisans de la Petite-Hirondelle se réunirent en conseil et résolurent de ne point élire d'autre sagamo suprême avant qu'on eût la certitude qu'elle avait pris place dans le monde des Esprits.

Le supplice des captifs nez-percés fut différé et remis au printemps suivant, car il était probable qu'à cette époque les Chinouks déterreraient de nouveau la hache de guerre et viendraient demander du secours aux Clallomes.

Lioura et Iribinou demeurèrent donc quelques mois dans leurs cabanes respectives, sans être trop molestés. Ils reçurent des vivres en quantité suffisante pour ne pas mourir de faim, et, sauf quelques parades, auxquelles ils furent traînés à travers les huées d'une multitude de femmes et d'enfants, leurs souffrances furent supportables.

Mais, vers la fin de l'hiver, on annonça tout à coup que cent traîneaux, tirés par des chiens, s'avançaient sur le village clallome.

Ils n'en étaient plus guère éloignés que de vingt milles pas au dire des éclaireurs.

A l'un de ces traîneaux était attelé un bison blanc porteur d'une superbe crinière noire.