Qui avait pu commettre ce coup? Pas un ennemi de la tribu, assurément. Il se serait attaqué aux chefs plutôt qu'à Lioura. Les soupçons de Renolunc tombèrent sur Molodun. Il s'imagina que son beau-frère avait tué la Nuée-Blanche pour épouser Merellum. Cette conjecture fut toutefois de peu de durée, comme la précédente. Si le Renard-Noir était sorti de sa hutte, les marques de cette sortie seraient visibles. Et puis il n'était pas probable qu'il eût songé à se défaire ainsi de sa femme sous les yeux du frère et du père de celle-ci. Non; d'ailleurs, son étonnement en ne la trouvant plus près de lui était trop naturel pour être simulé.
On ne pouvait donc raisonnablement l'accuser de cette disparition.
Ces diverses pensées avaient traversé le cerveau de Renolunc avec la rapidité de l'éclair. Il appela l'Aigle-Gris et le Renard-Noir pour tenir conseil. La délibération les occupa cinq minutes au plus. Il fut convenu que les trois chefs se mettraient en quête de Lioura, et que Cuir-de-Boeuf garderait Merellum pendant leur absence.
Ils partirent aussitôt, en suivant les empreintes qui allaient à l'ouest.. Mais, après un quart d'heure de course, la piste se perdit tout à coup dans un labyrinthe de pas de toute nature et de toute grandeur se dirigeant de côté et d'autre.
Le ravisseur avait évidemment voulu dérouter la sagacité des poursuivants.
Ceux-ci décidèrent de se séparer et de prendre chacun une voie particulière.
Molodun avait accepté avec joie cette résolution proposée par Renolunc. Le sort de sa femme l'intéressait médiocrement. Il n'eût pas été fâché qu'on ne la retrouvât plus. Tous ses désirs, toutes ses aspirations étaient maintenant pour Merellum.
Une fois libre, il se hâta de retourner vers elle et d'éloigner
Cuir-de-Boeuf sous un prétexte futile.
La Petite-Hirondelle était plus pâle encore que d'habitude. Elle souffrait vivement des blessures que lui avait faites, la veille, sa cruelle rivale. Molodun la transporta doucement hors de la hutte, lui délia les mains et pansa ses plaies avec le suc de certaines plantes cueillies sur le rivage du fleuve.
Ces soins ne firent aucune impression sur l'esprit de la jeune fille. Triste et rêveuse, elle laissait son adorateur la servir, sans même daigner lui adresser un mot de remercîment. Molodun n'en continua pas moins de lui prodiguer ses attentions avec une sollicitude dont il n'était certes pas coutumier.