—Je reconnais ces Indiens. Ils sont nos alliés et appartiennent à la tribu des Arcs-Plats, dit bientôt Molodun.

Cuir-de-Boeuf, se figurant être agréable au sagamo, mit alors la main devant sa bouche et imita le cri du hibou, signe de ralliement chez les Nez-Percés.

Mais il s'en fallut de beaucoup que son intention plût au Renard-Noir.

—Pourquoi, dit-il violemment, en frappant son compagnon avec le manche de son couteau, pourquoi mon frère appelle-t-il ici les Arcs-Plats? Qu'avons-nous affaire d'eux? Mon frère ne sait-il pas que je voulais être seul avec cette face blanche? Si Molodun entre en colère, tout le poids de sa colère retombera sur Cuir-de-Boeuf.

L'insulté ne répondit pas, mais il coula sur son chef un regard vindicatif plus éloquent qu'une menace verbale. Ce clignement d'yeux ne fut point remarqué par Molodun; il n'échappa cependant pas à Merellum, qui se promit intérieurement de profiter des dispositions de Cuir-de-Boeuf, si une occasion se présentait.

Les inconnus avaient répliqué au cri de ce dernier par un cri exactement semblable.

Il n'était plus temps de les éviter. Tout en grommelant contre l'indiscrétion de son subordonné, Molodun se détermina à faire contre fortune bon coeur.

Puissants par eux-mêmes, les Arcs-Plats comptaient de nombreux auxiliaires, les Coeurs-d'Alène, les Pends-d'Oreille, les Serpents, les Indiens-de-Sang et ces terribles Pieds-Noirs, dont la sinistre renommée remplissait tout le pays, à l'ouest comme à l'est des Montagnes-Rocheuses.

Il importait donc à Molodun de ménager les Arcs-Plats, surtout à un moment où il allait avoir besoin de toutes ses forces pour repousser l'invasion des Chinouks et de leurs alliés les Clallomes.

Ordonnant à Cuir-de-Boeuf de ranimer le feu, il confectionna une torche avec des eulekons.