Puis il alluma un calumet pour faire accueil aux hôtes que le hasard leur envoyait et s'assit, avec une certaine majesté, les jambes croisées sous lui devant le foyer.
Deux Indiens de petite taille, mais musculeux et trapus comme les gens accoutumés à la vie des montagnes, ne tardèrent pas à se montrer au détour d'un sentier bastionné par des rochers inaccessibles.
Ils poussaient devant eux un blanc en costume de trappeur, mais dont les vêtements en désordre indiquaient ou une longue course dans des chemins difficiles, ou une lutte acharnée avec des ennemis, ou l'une et l'autre.
—Molodun, grand sagamo des Nez-Percés, salue ses frères les Arcs-Plats, dit le Renard-Noir aux Peaux-Rouges, en présentant sa pipe au plus âgé.
Ils étaient couverts de bonnets et de tuniques en peau de grosses-cornes. Sur l'épaule, ils portaient un carquois plein de flèches d'une longueur peu commune et un arc.
Cet arc, en bois de daim et fort développé, avait cela de particulier qu'il était aplati sur le sens de la corde au lieu de l'être sur celui de la convexité, d'où le nom d'Arcs-Plats, sous lequel les sauvages qui font usage de cette arme sont connus dans le désert américain.
—Le Sauteur-d'Abîmes remercie son frère Molodun, dont il a entendu vanter la sagesse et l'habileté, répondit l'Indien, en acceptant le calumet que lui tendait le chef nez-percé.
Il aspira une seule bouffée, la chassa du côté du couchant, et rendit la pipe à Molodun.
Celui-ci, ayant de nouveau aspiré une bouffée, offrit la pipe à l'autre
Arc-Plat, qui dit en la recevant:
—Le Cerf-des-Montagnes est heureux de faire la connaissance de Molodun, car il a appris à estimer sa valeur et son intrépidité.