Les cérémonies du Ouaouich durent trois, cinq et même sept jours.
On commence par couper des brins de saule ou d'osier, ayant dix-huit pouces de long, et on se les enfonce dans la gorge, afin de se nettoyer l'estomac par l'expectoration de la bile qu'il peut contenir.
Cela fait, chacun des officiants se creuse, près d'un cours d'eau, un trou assez profond pour pouvoir s'y tenir debout, le menton au niveau du sol.
Puis, tous, armés de leurs baguettes, et agenouillés à quelques pieds de leurs trous, se livrent religieusement à des purgations d'un genre unique.
Le lendemain, jeûne. De nouveaux bâtons sont taillés. Chaque Indien donne aux siens une longueur égale à l'intervalle qui sépare sa bouche de son ombilic. Il les pelé, les arrondit et se les plonge dans l'estomac, jusqu'à ce que les vomissements produisent une irritation intolérable. Cette barbare, opération ayant bientôt pour résultat d'enflammer l'oesophage, on diminue le nombre des bâtons à mesure que l'inflammation augmente. A midi, suspension du procédé. On se jette à l'eau et on y reste jusqu'au soir. Alors les patients prennent une demi-pinte de potage aux herbes.
Même traitement le troisième jour.
Le quatrième, les Nez-Percés font rougir des pierres, les déposent avec de l'eau dans les trous qu'ils ont creusés le premier jour et où ils se placent eux-mêmes dès que l'eau est bien chauffée. En sortant de cette cuve, ils se précipitent dans la rivière, se démènent et se frappent comme des fous, reviennent ensuite au bain chaud et continuent, toute la journée, de passer de l'un à l'autre. Le soir, il leur est permis de manger du potage, mais sans boire.
Répétition de cet étrange manège les jours suivants jusqu'à deux heures, le tantôt; après quoi, les festins succèdent au jeûne. On dit que quelques Nez-Percés renouvellent plusieurs fois de suite ces expériences, et que ceux qui en supportent convenablement l'épreuve se jugent insensibles au froid, au chaud, infatigables à la course, invincibles à la guerre. Par contre, ils assurent que ceux qui négligent d'accomplir annuellement ce devoir religieux sont impropres à la guerre ou à la chasse, parce que Ouaouich est encore leur maître. A dix-huit ans on commence le traitement; on ne le cesse que lorsqu'on a une famille nombreuse. Il y a même des sauvages qui continuent au delà du terme fixé. Que l'on ne s'imagine pas que ces effroyables exercices les affaiblissent beaucoup, car il en est qui, immédiatement après, font à pied plus de trente lieues par jour!
Un coup de vent effroyable arriva subitement avec la rapidité et le mugissement d'un éclat de tonnerre. Il chassait devant lui ces montagnes de sable, toujours en mouvement, qui vaguent, de toute éternité, dans le désert, sur la rive sud de la Colombie, entre les rivières Kullerspehn et Umatala.
La place et le village des Nez-Percés en furent littéralement inondés. L'atmosphère était saturée de grains de sable. Ils couvraient le sol jusqu'à la hauteur du genou. Ils emplissaient la bouche, les oreilles, les yeux. L'épouvante s'empara des habitants. Ce fut un sauve-qui-peut général.