Renolunc ayant, pendant ce temps-là, fait d'abondantes ablutions pour se purifier, rentra dans le cercle en tenant, d'une main, un tambourin en cuir d'élan, et de l'autre un couteau.
Son père, l'Aigle-Gris, assisté d'un autre autmoin, alluma un grand bûcher sur lequel il fit rougir des cailloux, tandis que Merellum allait, entre une double haie de ses ennemis, puiser de l'eau au ruisseau voisin.
Elle rapportait les vases et les disposait autour du bûcher.
Renolunc confia son tambour au troisième sorcier et creusa dans le sol un trou qu'il poussa à dix-huit pouces de profondeur, sur autant de large et vingt-quatre de long, en lui donnant une forme générale ovoïde.
Le trou terminé, il tassa la terre et unit la surface; puis il fit signe à son père, qui étala devant lui la peau fraîche d'un jeune buffle de deux ans.
Avec deux morceaux de bois Renolunc tira trois cailloux du feu, les jeta dans la fosse et versa sur les pierres l'eau puisée par Merellum. Les trois premiers cailloux refroidis, on les remplaça par trois autres, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il s'élevât de l'ouverture une vapeur épaisse. Renolunc alors retira les derniers cailloux et étendit la peau de buffle sur le trou, la chair en avant. Il calfeutra hermétiquement les bords avec de la glaise, afin de ne pas laisser échapper la chaleur. En s'échauffant, le poil se détacha. Renolunc, son père et l'autre jongleur l'enlevèrent soigneusement à la main. Peu à peu aussi le cuir se contracta. Ils l'enfoncèrent insensiblement dans le trou en lui en imprimant tout doucement la figure; puis ils rognèrent les parties qui dépassaient la fosse, et toute la bande des Nez-Percés se mit à danser autour de ce moule.
En dansant, chacun, homme, femme ou enfant, était forcé de quitter la ronde et de venir donner un coup de son talon nu sur la peau de buffle.
Cette cérémonie bizarre dura deux jours et deux nuits consécutifs, avec des intermèdes occupés par des banquets et des discours; elle tirait à sa fin, c'est-à-dire que les jongleurs allaient déclarer le bouclier sacré parfait, et ordonner le rite pour préserver les guerriers de l'influence pernicieuse du Ouaouich[11], quand, sur le matin du deuxième jour, le temps, qui s'était assombri, tourna soudain à la tempête.
[Note 11: Chez les Nez-Percés, le Ouaouich est l'Esprit de la fatigue.]
La manière dont ils s'y prennent pour le combattre peut compter parmi leurs pratiques les plus curieuses. On me saura gré de l'indiquer ici, car elle est peu connue.