Renolunc secoua la tête d'un air sombre en disant:

—Les présages sont mauvais. Scoucoumé est irrité contre nous. Déjà la confection du bouclier sacré a été suivie d'une tempête de sinistre augure. La venue de l'Esprit du feu n'annonce rien de bon non plus.

—J'ai rendu à Molodun son arc de dent de narval; nous sommes sûrs de la victoire, répondit l'Aigle-Gris.

—Mon père est libre de le penser, mais moi je crois le contraire, repartit le Castor-Industrieux à voix basse et de façon à n'être entendu que par le vieillard; les Manitous ne sont pas apaisés. La dernière expédition de la Roche-Rouge nous a coûté plus de deux fois cent guerriers. A peine nous en reste-t-il deux fois cent à conduire contre les Chinouks…

—Et nos alliés!…

—Nos alliés périront comme nous. Il faudrait faire un sacrifice à
Scoucoumé.

—Mais nous n'avons plus d'esclaves!

—Et cette face blanche! fit Renolunc en désignant du regard Merellum, qui réfléchissait aux mystérieuses paroles du nègre.

—Cette face blanche! Jamais, mon fils, jamais, tant que ta soeur Lioura, ma fille, vivra! Si par malheur nous sommes vaincus, ce sera le moyen d'arrêter les Chinouks par leurs auxiliaires les Clallomes. Leur dévouement à cette squaw m'est connu. Ils consentiront à tout pour la ravoir.

Avant que Renolunc eût répliqué, Molodun parut dans la hutte.