«Pour vous montrer, continua le marquis, dont la voix domina instantanément les murmures, pour vous montrer que je n'ai point l'intention de vous délaisser, comme certains esprits soupçonneux le craignent, mon écuyer, le vicomte Jean de Ganay, restera parmi vous et vous commandera en mon absence. Êtes-vous satisfaits?»

—Oui, oui, répliquèrent plusieurs routiers.

«Eh bien donc, poursuivit de la Roche, rentrez dans l'entrepont et faites vos préparatifs.»

Cette promesse comprima aussitôt l'effervescence qui bouillonnait dans toutes les têtes.

—Sire de Ganay, je compte sur vous, dit le marquis en se tournant vers son écuyer. Quatre matelots vous serviront de garde.

—J'obéirai, monseigneur, répondit indifféremment le vicomte.

Le Castor nageait sur le banc Craus, et autour de sa carène s'abattaient des marsouins aux reflets diamantés, des flottants à l'échine grise, des souffleurs aspirant l'eau pour la rejeter on l'air par leurs puissantes narines, et de temps en temps on voyait sortir des ondes le museau effilé d'un loup marin au blanc pelage. Des troupes de goélands voletaient à la tête des mâts ou rasaient les petites vagues glapissantes, et de toutes parts surgissaient des môles de sable qui scintillaient sous les rayons du soleil, comme des incrustations de pierreries sur une plaque d'argent.

Chedotel fit serrer les voiles, à l'exception de la misaine, et dirigea, la sonde à la main, le Castor à travers les battures qui encombrent le passage où il naviguait alors.

Peu après, l'on discerna, à quelques milles au sud, une île couverte de petits arbres qui, à cette distance, produisaient un effet assez agréable.

L'ordre de mettre en panne et de jeter les ancres ne tarda guère à être donné. Puis Guillaume de la Roche, accompagné de ses principaux officiers, descendit dans un canot et se rendit à terre. Le premier, il débarqua, planta une croix et le drapeau de France et Navarre dans le sable du rivage, et prit possession de l'île au nom du roi, son maître.