—Peuh! siffla le petit homme, mon ami Brise-tout a le caractère aussi délicatement conformé que la face. Nul danger qu'il prenne jamais mes douceurs pour de l'absinthe; pas vrai, fils de Vénus la laide?
—Satané diablotin! dit Philippe Francoeur en tapotant sûr la joue de
Nabot avec le manche de son couteau.
—Oui, diablotin que je réduirai à l'état d'angelot, grommela le colosse.
—Peste! la réduction ne serait pas des plus à dédaigner. Moi qui n'ai jamais valu un liard, je ne me verrais pas sans plaisir métamorphosé… Ohé! qu'y a-t-il? Un seau d'eau! maître Polyphème se trouve mal! Vite! vite! ne voyez-vous pas qu'il tire la langue comme un balancier de potence?
Nabot disait vrai; Brise-tout, dont la colère ne pouvait dompter une effroyable voracité, venait d'avaler une arête et faisait des efforts inouïs pour se délivrer de l'os engagé dans sa gorge. Il gesticulait, se démenait, suait, pleurait, écumait, mais vainement. L'arête, loin de céder à ses tentatives pour l'expectorer, s'enfonçait de plus en plus dans les chairs.
Je laisse à penser si grande était l'hilarité des spectateurs.
—Une paire de pinces, pour aider notre Hercule, dit l'un.
—Non, ne lui dérobez pas le mérite d'accomplir seul et, sans secours ce treizième travail, reprit l'ex-lansquenet.
—Sacramente! ajouta l'Allemand, il va éclater, si vous ne le déboutonnez.
—Pauvre chéri, continua le Nabot, riant jusqu'aux larmes, ne te décourage pas. De la valeur! encore un grognement! plus fort! là… bien… comme ça!