»—Monte encore en croupe sur moi, lui dit le diable.
»Et l'enlevant comme une plume, ils traversèrent la Manche, l'Océan, et arrivèrent au-dessus d'un pays sauvage, couvert de neiges et de glaces, habité par des hommes qui ne ressemblaient pas plus aux autres hommes qu'un loup de terre ne ressemble à un loup de mer. Quand ils furent arrivés, le diable dit à Jacques:
»—Sais-tu ce que c'est que cette contrée?
»—Non.
»—C'est une contrée où je n'exerce pas encore mon empire, et où, grâce à toi, dans deux cents ans, j'étendrai; ma puissance. Tu connais ta route. Retournons chez toi, car il ne fait pas encore bon pour moi ici, et quand tu voudras, tu t'immortaliseras. Fouille sous le noyer de ton jardin et tu y découvriras les mille sous d'or que je t'ai promis. A toi donc amour, gloire, opulence; à moi ton âme!
»La peur reprit Jacques. Il fit un violent soubresaut pour se séparer de
Satan et se trouva seul dans sa maison de la rue du Possédé.
»Il était grand jour; oui bien, par la fourche de Neptune!
»Satan ne l'avait pas trompé. Ayant creusé à la racine du noyer de son jardin, Jacques déterra une cassette qui renfermait mille louis d'or.
»Je vous ai dit comment il épousa la Louison, comment il partit pour explorer le banc de Terre-Neuve. A présent, il ne me reste plus qu'à vous dire qu'après avoir retrouvé le pays dont le diable lui avait enseigné le chemin et amassé des trésors innombrables, il entreprenait son huitième voyage à la Nouvelle-France lorsque Satan lui apparut pendant une tempête.
»A son aspect Jacques pâlit.