»—Ai-je tenu ma parole? dit le capitaine des ténèbres.

»—Oui.

»—Et tu as été heureux?

»Jacques secoua sa tête blanchie par l'âge, ce qui voulait dire non.

»Le diable sourit de son sourire écoeurant.

»—Tant pis, dit-il. A moi ton âme, l'heure est venue!

»Une flamme scintilla à l'extrémité des perroquets; une lame, haute comme une montagne, s'abattit sur l'avant du vaisseau. Cinq minutes après, il avait sombré avec tous ceux qui le montaient[10]!»

[Note 10: Qui a pu donner naissance à cette légende? je l'ignore. Est-elle populaire en Bretagne? je l'ignore également. Mais je l'ai entendu raconter à bord de la Belle-Poule, par un ancien matelot qu'on nommait communément «le Malouin.» J'étais très-jeune à cette époque et peut-être aussi ignorant de l'histoire de la France que de celle du Canada. Ce qui me frappa dans la légende fut donc simplement son caractère merveilleux. Lorsque, plus tard, l'étude de la découverte de l'Amérique me l'eut remise en mémoire, j'aurais beaucoup donné pour savoir où le «Malouin» l'avait apprise; mais le légendaire était mort et toutes mes recherches furent stériles.

Il me semble néanmoins qu'elle dut d'abord avoir pour héros un autre pilote que Jacques Cartier; car celui-ci étant né le 31 décembre 1494, avait quarante ans lorsqu'il explora les côtés de l'Acadie, par conséquent ce n'était plus un jeune homme. La légende pourrait donc lui être postérieure, comme la découverte qui lui est attribuée, et s'appliquer à un autre personnage.]

—Et Jacques?… s'écria le Nabot.