La tourmente, dans ses folles colères, venait d'enlever le toit du corps de garde. Et presqu'au même moment, le routier qui était de faction au pied du grand mât cria:

—Un navire! j'aperçois un navire!

La surprise et la joie répondirent bruyamment à cette exclamation. Tous les hommes qui se trouvaient dans la salle du corps de garde se précipitèrent au dehors.

Le château de poupe d'un navire apparaissait, en effet, vers l'ouest. Mais la position de ce bâtiment quel qu'il fût, était évidemment affreuse. Trois coups de canon et, un drapeau noir arboré à l'extrémité d'une vergue annoncèrent presque aussitôt la détresse de ceux qui le montaient.

—Par la fourche de Neptune, on dirait que c'est l'Érable, oui bien! dit Philippe Francoeur.

Le bruit des trois coups de canon avait résonné jusque sous les tentes occupées par les routiers. Sommeil, conversations, chants, contes furent sur-le-champ interrompus et tout le monde courut à la côte.

La tempête écumait de fureur. De grands nuages cuivres se pourchassaient au ciel avec une effrayante rapidité. Quelques rares éclairs échancraient la zone méridionale de leurs langues barbelées. Le vent, impétueux par moment, se taisait une minute, abandonnant l'atmosphère à un silence mortel, l'eau à ses propres convulsions; puis, haletant, courroucé, s'élançait comme la foudre, tourbillonnait en colonnes immenses, mêlant, confondant, anéantissant, élevant des montagnes de sable, soulevant les vagues, les écrasant les unes contre les autres ou les transportant à des distances considérables.

Jean de Ganay arriva l'un des premiers vers les ruines du poste.

—Qu'y a-t-il?

—Un navire était en vue tout à l'heure, répondit le Maléficieux. La hauteur de la mer nous le cache maintenant, mais il ne tardera pas à se montrer.