—Pardon, messire, objecta respectueusement Philippe Francoeur; nous n'avons guère de temps à dépenser. L'Érable est tout disloqué. Le retour de la marée achèvera de le mettre en pièces. Il vaudrait mieux s'emparer des effets précieux qui peuvent se trouver dans les cabanes, non encore submergées.

L'avis était bon à suivre; aussi, l'écuyer y répondit-il par un signe de tête affirmatif. Laissant donc la malheureuse victime du drame probable, ils entrèrent dans le château d'arrière. Partout régnait un affreux désordre. Quoique la mer eût balayé et lavé en grande partie le traces de la révolte, on sentait immédiatement qu'elle avait dû être affreuse. Des débris de vaisselles, d'armes, de poteries; des tonnes défoncées à coups de hache; des lambeaux de vêtements; des fragments de meubles, disaient assez que les mutins, après avoir massacré l'équipage, s'étaient livrés à une dégoûtante débauche et que la mort les avait surpris au sein de l'orgie.

—Insensés! dit Jean de Ganay d'un ton douloureux: ils ont cruellement expié leurs forfaits. Puisse le Seigneur qui les a punis sur cette terre leur pardonner là-haut!

—Ne les plaignez pas, messire, repartit le matelot brusquement; ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient.

—Les Saintes Écritures nous apprennent qu'il faut pardonner à ceux qui ne sont plus, dit le vicomte avec une pieuse sévérité. Qui de nous peut répondre qu'il restera innocent devant Dieu? Mais dites-moi, comment se fait-il qu'à l'exception du capitaine nous ne trouvions aucun vestige des officiers qui étaient à bord?

—Ils les auront ou enfermés dans la cale ou jetés à la mer.

A cet instant un frémissement courut dans la charpente du navire qui oscilla sur lui-même.

—Hâtons-nous, messire! s'écria le Maléficieux.

—Hâtons-nous?

—Oui, l'épave de l'Érable menace de se démembrer entièrement.