Philippe Francoeur lui-même, tout endurci qu'il fût par une longue vie de périls, avait les larmes aux yeux en posant le pied sur le gaillard d'avant.

—Pauvres diables! murmura-t-il; ils ont payé bien cher leur révolte!

—Que dites-vous? demanda le vicomte.

—Hélas! messire; les soupçons que j'avais conçus hier soir se confirment. Il y a eu une émeute à bord et c'est à elle probablement qu'il faut attribuer la perte de l'Érable. Voyez!

En prononçant ce mot, le Maléficieux étendit la main et indiqua du doigt à Jean de Ganay le cadavre d'un homme lié à des boulons de fer, sous l'accastillage.

—Le capitaine! s'écria Jean reconnaissant l'uniforme que portait le cadavre.

—Oui, dit Philippe d'une voix émue en se découvrant. Les misérables, ils l'auront assassiné!

—Pauvre capitaine! reprit le vicomte. Mais, grand Dieu! que s'est-il donc passé ici?

—On s'est insurgé, répliqua le matelot. Les rebelles auront été les plus forts, ils auront tué les officiers, garrotté le commandant et abandonné le vaisseau à la merci de l'Océan.

—Transportons ce corps sur l'île, dit Jean. Nous lui donnerons la sépulture.