La nuit était tout à fait venue.

Le matelot s'agenouilla près de la couche de Guyonne, la considéra avec la tendre sollicitude d'une mère pour son enfant. A la vue des ravages que cinq années avaient faits sur la physionomie de la jeune fille, le rude marin éprouva une de ces tristesses navrantes qui courbent parfois les natures les plus insensibles. Deux grosses larmes jaillirent de ses yeux.

—Pauvre enfant! dit-il, on essuyant ses pleurs avec le revers de sa main calleuse; pauvre enfant! que lui est-il advenu depuis cette nuit fatale?…

Guyonne s'agita, ses lèvres s'entr'ouvrirent:

—Jean! murmura-t-elle.

Et sa main alla se placer dans celle du matelot qui la pressa doucement dans les siennes.

—Monseigneur de Ganay! pensa-t-il; comme il sera content de la revoir! car sa disparition… Malheureux jeune homme! il l'aime autant qu'elle l'adore, c'est sûr… oui bien, par le trident de Neptune! Demain, au point du jour, j'irai… Oui. Mais d'où venait-elle? Oh! j'ai hâte de savoir…

Le sommeil surprit notre brave matelot au milieu des milliers de conjectures enfantées par l'étrange circonstance qui lui avait fait retrouver Guyonne.

III

LE MUET